Pourquoi les victimes sont parfois elles-mêmes accusées
Les auteurs de violence conjugale utilisent souvent un schéma appelé DARVO : Deny, Attack, Reverse Victim and Offender (nier, attaquer, inverser victime et agresseur). L'auteur nie les faits, t'attaque et inverse les rôles : soudain, c'est toi l'agresseur. Autour d'une séparation, cela peut devenir une plainte inversée : juste quand tu fais des démarches pour partir, ton (ex-)partenaire dépose plainte contre toi.
Important : cela ne signifie pas que la plupart des plaintes sont fausses — la grande majorité sont fondées, et la plupart des victimes ne portent même pas plainte. Mais si tu es la vraie victime, une accusation inversée peut être dévastatrice, d'autant que la police et les professionnels, sans contexte, lisent mal la situation. Lis-en plus sur la violence après la séparation et la cécité contextuelle.
Protège-toi avant que cela n'arrive
- Documente tôt. Messages, certificats médicaux, photos de blessures, témoins : consigne ce qui t'est fait, dès les premiers incidents. Voir rassembler des preuves.
- Porte plainte à temps pour les faits que tu as subis : cela fixe les faits au moment où ils se produisent, pas en réaction à une accusation. Voir porter plainte.
- Évite les situations sans témoins. Organise les transferts des enfants dans un endroit public ou avec un tiers neutre.
- Communique par écrit. Garde les accords dans des messages ou des e-mails et évite les arrangements verbaux.
Si tu es accusé
- Ne réagis pas impulsivement. Ne cherche pas le contact avec ton (ex-)partenaire et n'envoie pas de messages indignés — tout peut être utilisé contre toi.
- Prends immédiatement un avocat. En tant que suspect, tu as droit à une concertation confidentielle avec un avocat avant l'audition et à son assistance pendant l'audition (la loi Salduz). N'y renonce jamais.
- Utilise ton droit au silence avec sagesse. Tu n'es pas obligé de t'incriminer. Ne réponds qu'après concertation avec ton avocat.
- Collabore à la procédure. Présente-toi à l'audition, respecte les conditions imposées et comparais aux audiences. Collaborer ne signifie pas tout déclarer sans assistance.
Attention à la défense physique
Beaucoup d'hommes se protègent pendant une agression en tenant les poignets de leur partenaire. Les bleus qui en résultent peuvent plus tard être utilisés comme « preuve » contre toi — alors que tes propres blessures restent non documentées. Fais donc toujours constater tes blessures par un médecin (certificat médical circonstancié) et photographie-les avec la date. Voir rassembler des preuves.
Que dit la loi belge ?
Déposer sciemment une fausse plainte est punissable comme dénonciation calomnieuse (article 242 du Code pénal 2024, avant avril 2026 article 445 de l'ancien Code pénal). Sois réaliste quant à la charge de la preuve, dans les deux sens. Pour l'accusation portée contre toi, la présomption d'innocence s'applique : le parquet doit prouver les faits — une plainte n'est pas une condamnation. Pour une contre-plainte pour dénonciation calomnieuse, la barre est également haute : l'intention méchante est difficile à prouver. Tu peux te constituer partie civile et demander des dommages et intérêts, mais discute d'abord de la faisabilité avec ton avocat.
Tes enfants et le droit aux contacts
Une accusation peut suspendre temporairement le contact avec tes enfants ou le placer sous surveillance. Aussi douloureux que ce soit : respecte ces décisions et conteste-les devant le tribunal de la famille. Propose au besoin que le contact passe par un espace-rencontre neutre (en Flandre via le CAW, 0800 13 500) : le contact est maintenu et chaque visite est encadrée et documentée. N'implique jamais les enfants dans le conflit.
Cela te pèse ? Parles-en au 1712 ou à Écoute Violences Conjugales (0800 30 030) — voir aussi aide en crise. Tu ne dois pas porter cela seul.
Questions fréquentes
Dois-je collaborer à une audition de police ?
Oui, réponds à la convocation, mais jamais sans préparation. En tant que suspect, tu as droit à une concertation confidentielle avec un avocat avant l'audition et à l'assistance de cet avocat pendant l'audition (loi Salduz). Tu as aussi le droit de garder le silence : tu n'es pas obligé de t'incriminer. Ne renonce jamais à ton droit à l'assistance.
Puis-je demander des dommages et intérêts pour une fausse plainte ?
Une plainte sciemment fausse est punissable comme dénonciation calomnieuse (article 242 du Code pénal 2024, auparavant article 445 de l'ancien Code pénal). Tu peux porter plainte et te constituer partie civile pour demander des dommages et intérêts. Sois réaliste : l'intention méchante est difficile à prouver. Discute de la faisabilité avec ton avocat.
Elle menace de déposer une fausse plainte si je pars — que faire ?
Prends cette menace au sérieux : c'est une forme de contrôle coercitif. Documente la menace (messages ; enregistrer une conversation à laquelle tu participes toi-même n'est en principe pas punissable), pars selon un plan de sécurité et signale la situation au 1712 ou à la police. Celui qui documente à l'avance et porte plainte à temps est en position plus forte.
DARVO signifie-t-il que la plupart des plaintes sont fausses ?
Non. La plupart des signalements de violence conjugale sont fondés, et la plupart des victimes — hommes et femmes — ne portent même pas plainte. DARVO est une tactique d'une partie des auteurs pour présenter la vraie victime comme l'agresseur. Cette page t'aide à t'en protéger, pas à mettre en doute les plaintes.